Il y a des expériences qui, pour courtes qu’elles soient, marquent durablement. Telle est celle que j’ai faite la semaine dernière, lors d’un voyage à Aix en Provence. Je me suis en effet offert une expérience extraordinaire : un stage de pilotage d’avion. Une double première, en ce qui me concerne : non seulement je n’avais jamais piloté, mais je n’étais même jamais monté à bord d’un petit avion. Si vous êtes comme moi un habitué des avions de ligne, vous avez sans doute du mal à imaginer à quel point la différence est énorme. Voyager dans un Airbus revient à voyager dans un paquebot. Alors qu’un petit avion est plutôt comparable à une barque. Dans le premier, une mer déchaînée se sent à peine. Dans le second… Vous comprendrez donc pourquoi j’étais soulagé que la météo soit au rendez-vous ! :) Ce jour-là, il n’y avait pas trop de vent, et il y avait une bonne visibilité à des kilomètres à la ronde. Un temps idéal, en somme. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais j’ai été surpris de découvrir que je me suis occupé de chaque étape, et que j’ai notamment pu prendre en charge tout seul l’atterrissage ! Il y avait bien évidemment un pilote professionnel à mes côtés pour prendre les commandes en cas de difficulté, mais le fait est que j’ai fait atterrir l’avion sans qu’il ait à corriger notre trajectoire ! Si vous êtes impressionné, il faut savoir que ce n’est pas si impressionnant que ça. Parce qu’en réalité, piloter un petite appareil est extrêmement simple. En fait, on peut même apprendre à piloter avant d’avoir son permis automobile ! La seule chose que je regrette, c’est de n’avoir pas vraiment prêté attention à la vue : j’étais tellement focalisé sur l’horizon et sur l’assiette de l’appareil que je n’ai presque pas profité du paysage. Quoi qu’il en soit, je vous recommande vraiment d’essayer, si l’occasion se présente un jour ! Le pilotage d’avion est une expérience vraiment unique. Je vous mets en lien mon stage de pilotage avion à Aix en Provence, pour ceux que ça intéresse, suivez le lien.

pilotage avion aix en provence

Après avoir fait d’importants gains en Syrie face aux troupes d’Assad, les djihadistes de l’EI ont pris l’Irak d’assaut s’emparant d’importants pans du pays, dont la deuxième ville, Mossoul. Une offensive visant à créer un État islamique en pays sunnite, à cheval sur l’Irak et la Syrie. » Des tests sanguins montrent que le groupe djihadiste État islamique (EI) a utilisé du gaz moutarde dans une attaque contre les forces kurdes en août, a déclaré jeudi le gouvernement de la région autonome du Kurdistan irakien. «Les résultats des tests sanguins effectués sur 35 combattants kurdes révèlent des traces de gaz moutarde», indique le ministère des Peshmergas, nom donné aux forces kurdes. «Pendant l’attaque des villes de Gweyr et Makhmur, l’EI a lancé environ 50 obus de mortier», selon la même source, en référence à deux villes situées au sud-ouest d’Erbil, la capitale du Kurdistan (nord). Selon le ministère des Peshmergas, 37 des explosions ont dégagé une poussière blanche et du liquide noir. Trente-cinq peshmergas avaient souffert de l’inhalation du gaz et certains avaient été transférés à l’étranger pour être soignés. Le ministère a exhorté tous les pays qui combattent le groupe djihadiste de fournir aux peshmergas des équipements contre les armes chimiques, en référence à la coalition internationale dirigée par les États-Unis qui mène depuis un an des frappes aériennes contre l’EI en Irak. Les autorités kurdes avaient minimisé l’attaque du 11 août, parlant de la possible utilisation de chlore. Ils n’avaient alors pas donné d’informations sur la gravité des blessures de leurs combattants. Le Wall Street journal avait de son côté cité des responsables américains qui disaient soupçonner l’utilisation de gaz moutarde par l’EI durant l’attaque. L’EI a lancé une offensive fulgurante en juin 2014 en Irak, qui lui a permis de prendre le contrôle de larges territoires au nord de Bagdad, dont certains proches du Kurdistan irakien.

Le danger de notre système, dans la pratique, est un sentiment d’irresponsabilité personnelle qui, tant qu’il dure, semble paralyser l’âme entière. Pour toutes nos fautes nous avons une excuse: la force des choses dont nous subissons l’empire. La volonté, dans le déterminisme exclusif, ressemble à un corps qui conserverait tous ses organes, mais dont le cœur ne battrait plus sans le secours d’une impulsion étrangère. Les théorèmes de la science morale subsistent, il est vrai; mais le moteur de la vie vraiment morale semble avoir disparu. Tout est l’œuvre de la nature, comme pour les théologiens tout est l’œuvre de la grâce, et rien ne paraît être l’œuvre de notre personnalité. Si nous en restions à ce point, la conciliation des doctrines pourrait en effet sembler une construction encore trop extérieure, qui aurait pour centre, ici une force vive, là l’inertie et l’impuissance. L’accord dans l’ordre des relations physiques, dans l’ordre des relations sociales, et même dans l’ordre des relations psychologiques, n’est pas l’accord complet dans l’ordre fondamental de la moralité la plus intime. Nous ne pouvons donc obtenir encore, en l’état actuel de la question et avec le déterminisme non rectifié, une conciliation vraiment et complètement pratique; car ceux qui sont persuadés de leur entière dépendance ne seront pas les mêmes dans la pratique morale que ceux qui s’attribuent une certaine indépendance. Ici, la question pratique et morale devient spéculative et métaphysique. C’est une transformation du problème à laquelle il était impossible d’échapper. La morale, en effet, n’est pas simplement une science indépendante de la pratique, ou une pratique indépendante de la science. Elle ne peut être assimilée, par exemple, à la géométrie ou à l’arpentage. Le géomètre théoricien ne se soucie pas de l’application; et d’autre part, pour appliquer les vérités géométriques, nous n’avons pas besoin d’être assurés que l’étendue est objective; ici les vérités relatives sont suffisantes. Au contraire, dans l’acte moral, il n’est pas indifférent que notre indépendance et notre responsabilité soit réelle ou apparente, que le devoir soit subjectif ou objectif. La pratique de l’arpentage ne change pas quand on considère l’espace comme une illusion; mais l’art de la vertu demeure-t-il le même pour celui qui ne s’attribue point une indépendance quelconque? Pourvu que, par l’arpentage, nous parvenions à modifier les apparences, nous nous inquiétons peu de savoir ce qui est au delà. Au contraire, quand nous faisons à l’idée de la société universelle le sacrifice de notre plaisir, de notre intérêt, de notre vie même, nous accordons à cette idée, semble-t-il, ne fût-ce que par hypothèse, une valeur supérieure; nous ne voulons plus seulement modifier une apparence, mais nous sacrifions des biens réels à un bien idéal que nous traitons comme s’il représentait plus ou moins symboliquement la réalité et la loi du monde. Par cela même nous accordons à l’idéal une certaine valeur objective; car, si nous le considérions comme étant certainement sous tous les rapports une pure illusion, l’idée même du bien moral et du dévouement à l’universel deviendrait chimérique en son dernier fond. Ainsi la morale proprement dite est par sa nature, comme la métaphysique, une recherche hypothétique de la loi suprême du monde, au moins dans les grandes alternatives de la vie qui ont quelque chose de décisif et parfois de tragique. Nous ne pouvons rester à moitié chemin dans la question de la liberté et de la fatalité: cette question est le point de coïncidence entre la pratique et la théorie, parce qu’elle est proprement la question morale, portant sur la loi suprême et la nature ultime de l’acte moral, de l’acte désintéressé. Par conséquent, pour obtenir une conciliation complète des systèmes dans la pratique morale,—mais dans celle-là seule et seulement dans la question précise de la moralité intrinsèque des actions,—nous sommes obligés de porter aussi loin que nous le pourrons la conciliation théorique, en cherchant jusqu’à quel point, sous l’idée de la liberté, peut se manifester une liberté réelle ou du moins un progrès vers cette liberté.

Lorsqu’on parle de libre marché, il y a toujours tout un tas d’intellectuels pour le blâmer : selon eux, le libre marché désavantagerait les plus défavorisés. Cette idée confère évidemment une approche de prime abord humaine qui justifie leur dégoût pour le libre marché. A les en croire, les pays en développement seraient ainsi brisés par la prétendue cruauté du libre marché, et l’existence des plus démunis serait encore plus difficile en raison de ce libre marché. Comme vous vous en doutez, je ne partage pas cette croyance, et lors d’un séminaire à Madrid mercredi dernier, un intervenant a attaqué point par point cette ligne de défense qui, sous ses airs sérieux, est parfaitement aberrante. En fait, il est difficile de trouver une allégation plus éloignée de la vérité. Les habitants des pays en développement endurent de manière générale un manque de libre marché plutôt qu’une trop grande présence ! Les plus démunis de par le monde vivent généralement dans un environnement où ils sont privés de toute liberté : ils ne sont en effet libres ni de circuler librement, et encore moins d’acheter et de vendre en toute liberté. Diminuer le libre marché amène à diminuer la liberté. D’où l’absence de libre marché dans des régimes dictatoriaux comme celui de la Corée du Nord : un régime qui ne fait déjà pas assez confiance en sa population pour lui accorder la liberté de vote ne donnera évidemment pas à cette population la possibilité de faire ses propres choix au sein du libre marché ! Durant ce séminaire à Madrid, l’intervenant est même allé plus loin dans son analyse, et a montré que le libre marché était en fait favorable aux plus démunis : non seulement il leur offre la possibilité de proposer leur travail à un public beaucoup plus vaste, mais en tant que consommateurs, les plus défavorisés obtiennent ainsi un accès plus large (et meilleur marché) à des biens et services. Bien loin de leur porter préjudice, le libre marché leur permet donc d’améliorer considérablement leurs conditions de vie ! Il ne reste plus qu’à le faire comprendre aux intellectuels vivant dans leurs tours d’ivoire. Et pour en savoir plus, allez sur le site organisateur de ce séminaire en Espagne pour toutes les présentations – suivez le lien.

Entre ingérence économique et solidarité financière, la tragédie grecque est le miroir des dysfonctionnements plus profonds de l’union monétaire Un grand merci aux Grecs. Ils sont les parfaits révélateurs des deux blocages majeurs que nos gouvernants refusent de voir. Sans solidarité financière et sans, en parallèle, droit à l’ingérence économique, la zone euro explosera tôt ou tard. Les progrès sur ces deux fronts existent, mais ils sont trop lents. Du coup, la gauche radicale Syriza s’est engouffrée dans cette faille de gouvernance pour obtenir de l’argent de ses partenaires sans contrainte de gestion. C’était jouer aux apprentis sorciers. Parce qu’aujourd’hui Bruxelles n’a plus le choix?: c’est la grande clarification autour de l’intégration, ou c’est le délitement accéléré. Certes, un sommet de la dernière chance s’est tenu à Bruxelles ce 7?juillet. Devant les 18 chefs d’États et de gouvernement membres de la zone euro, le dix-neuvième, le Premier ministre grec Alexis Tsipras, devait présenter de nouvelles propositions en forme de concessions. Les chances d’un compromis étaient jugées faibles mais possibles par les observateurs. Ce serait alors un colmatage plutôt qu’une refondation sur des bases saines. “Aujourd’hui Bruxelles n’a plus le choix?: c’est la grande clarification autour de l’intégration, ou c’est le délitement accéléré” “Solidarité et responsabilité?: cet équilibre doit être notre ligne de conduite”, avertissait la veille François Hollande de l’Élysée. À ses côtés, la chancelière allemande Angela Merkel rappelait que les dernières offres faites à Athènes – et refusées – étaient “très généreuses”. Quelle que soit l’issue de ce round de négociation, le fond de l’air est soudain devenu très frais pour l’ensemble des Grecs. Le Grexit, la sortie de la Grèce de l’euro, est ouvertement envisagé à plus ou moins longue échéance. C’est le cas aussi bien des pays nordiques et des États baltes qu’en Allemagne ou en France, à travers l’expression publique de leaders de l’opposition comme Alain Juppé. Ce positionnement s’explique par le comportement exceptionnel propre à la Grèce, mais c’est toute la zone euro qui ne peut plus vivre à l’heure de la complaisance. La lutte à mort avec les populismes a commencé. Elle ne se gagnera ni avec les vieilles méthodes du saupoudrage clientéliste, ni avec la distribution de crédits les yeux fermés. Elle se gagnera par des initiatives fortes, comme la création d’un Fonds monétaire européen – que réclame Nicolas Sarkozy. Pourquoi la gauche radicale a-t-elle perdu à ce point sa crédibilité?? En moins de six mois, le gouvernement Tsipras a mis à complètement à genoux l’économie déjà exsangue du pays. Le premier vote des Grecs de l’ère Syriza aura été de vider leurs comptes en banque pour placer leurs euros en lieu sûr, notamment en Allemagne. Résultat?: les fonds propres des banques grecques ont fondu et la BCE les maintient à flot par des liquidités d’assistance d’urgence (ELA), dont le plafond est fixé à 89?milliards d’euros. Ce n’est qu’un sursis. L’instauration du contrôle des capitaux a certes ralenti les retraits, mais sans collatéral sérieux dans le bilan des banques, la BCE est tenue de fermer le “tuyau ELA”. Or les actifs donnés en garantie sont pour une large part des bons du Trésor d’un État grec en faillite virtuelle. La gauche de la gauche a là l’occasion de comprendre le fonctionnement de la finance. “Alexis Tsipras avait choisi dès son arrivée au pouvoir la guerre asymétrique avec Bruxelles. À la fin, le “faible” l’emporte parce que le coût marginal de la victoire – en l’occurrence un Grexit – est trop élevé pour le “fort”. Funeste erreur” L’autre motif de crispation a concerné la négociation entre Athènes et ses créanciers. Comme toujours dans ces cas-là, les acteurs expliquent que le deal a raté pour une poignée d’euros, à propos par exemple de la hausse de TVA à Mykonos. En réalité, le Premier ministre grec Alexis Tsipras avait choisi dès son arrivée au pouvoir la guerre asymétrique avec Bruxelles. À la fin, le “faible” l’emporte parce que le coût marginal de la victoire – en l’occurrence un Grexit – est trop élevé pour le “fort”. Funeste erreur. Pour verrouiller son affaire, Alexis Tsipras avait dans sa manche deux atouts maîtres. D’abord le peuple. Ce qui a pris la forme d’un référendum, le 5?juillet, sur le “oui” ou le “non” aux demandes des créanciers. Référendum annoncé après que les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne aient quitté Bruxelles le 26?juin dernier, persuadés qu’un accord “argent frais contre réformes” était dans la poche?! Et quel accord?: 16,3?milliards d’aides, 10,9?milliards pour la recapitalisation des banques, 1,8?milliard en provenance de la BCE, pouvaient être remis dans le circuit. De quoi payer largement toutes les échéances de 2015, y compris le FMI. Pourtant, les Grecs ont voté au référendum à plus de 61,3?% “contre le diktat de l’austérité” et pour des “discussions plus fermes” à Bruxelles.

L’absence de réaction face aux pratiques de surveillance de Washington témoignent de la vassalisation de l’Europe aux intérêts américains. La France aura été à l’honneur cette année lors de la célébration de la fête de l’Indépendance américaine. Présente le 4?juillet dernier devant la statue de la Liberté à New York, la réplique de l’“Hermione” – la fameuse frégate qui amena il y a plus de deux siècles le marquis de La Fayette vers les terres américaines – a connu un franc succès lors de son périple le long des côtes états-uniennes. “Plus ancienne alliée” de l’Amérique, comme se plaisent à le rappeler les dirigeants américains successifs, la France n’en est pas moins perçue à Washington comme une cible privilégiée par ses nombreuses agences de renseignement. La révélation il y a quelques jours, [le 23?juin] que les États-Unis (en d’autres termes, la NSA) avaient écouté sans interruption, de 2006 à 2012, les trois derniers chefs d’État français – Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande – a jeté un froid dans la relation étroite existant entre les deux nations. Créée en 1952 pour écouter l’URSS, la NSA s’est reconvertie à la chute de cette dernière dans la lutte contre le terrorisme. Il faut dire que le 11?septembre était passé par là. Peu à peu, la NSA (la communauté américaine du renseignement regroupe quelque treize “agences”, dont la NSA compte parmi les plus importantes) s’est dotée de capacités technologiques colossales lui permettant de collecter en temps réel des millions d’informations circulant au niveau mondial dans les différents réseaux et tuyaux, tels Internet et ceux du téléphone. Elle bénéfice aussi d’un appareil législatif qui la protège pleinement dans un quotidien où le respect des libertés publiques n’est plus une priorité, loin s’en faut. À l’annonce de cet espionnage pour le moins discourtois entre “alliés”, les réactions furent vives mais de circonstance et, bien sûr, sans effet. Nous étions dans une séquence de communication à destination de l’opinion publique. Pourtant, ces révélations faisaient suite à d’autres, elles aussi récentes, témoignant d’un espionnage systématique de l’Europe, de ses dirigeants et ses entreprises. Or là, rien à voir avec la lutte avec le terrorisme. Derrière cet objectif noble se cache une réalité crue et moins glorieuse. Si l’Amérique, l’Europe et la France sont bien sûr des alliées, nous sommes aussi, dit plus prosaïquement, en situation de compétition économique exacerbée – de guerre économique diraient certains. Les États-Unis entendent maintenir leur domination économique mais aussi monétaire par tous les moyens, le recours à l’espionnage en étant un des outils privilégiés. “Il est dommageable qu’en Europe et en France, nous n’osions pas qualifier la réalité telle qu’elle est. Ce n’est pas en faisant l’autruche que l’Europe sera demain plus forte économiquement et politiquement” Dans une perspective américaine, on peut comprendre cet objectif qui entend faire prévaloir les intérêts supérieurs du pays. Il est en revanche dommageable qu’en Europe et en France, nous n’osions pas qualifier la réalité telle qu’elle est. Ce n’est pas en faisant l’autruche que l’Europe sera demain plus forte économiquement et politiquement. La sorte de renoncement face aux menées inamicales de Washington à laquelle on assiste depuis le fin de la guerre froide témoigne d’une vassalisation croissante de notre partie du monde, et de notre intégration dans un grand ensemble Atlantico-occidental où l’Europe a de moins en moins son mot à dire. La prochaine étape de ce renoncement sera sans doute l’acceptation du grand marché transatlantique qui, derrière des arguments économiques très largement contestables, nous ligotera définitivement. Pour en revenir au cas d’espionnage qui nous intéresse, l’absence de réaction est souvent mise sur le compte du fait que “tout le monde espionne tout le monde”. Oui, peut-être est-ce le cas mais, à moins de faire preuve d’une cécité confondante, force est de constater que, du fait notamment de l’indigence de ses moyens, le David européen ne risque pas demain de terrasser le Goliath américain…

Aujourd’hui, je vais revenir sur un épisode qui m’a frappé il y a quelques jours, à l’occasion d’un congrès à Arcachon. En plein milieu d’une discussion animée, un intervenant m’a en effet affirmé que l’Europe n’a plus un réel besoin de croissance économique. Une idée d’autant plus affolante que je l’entends constamment. Les pays développés ont souvent du mal à légitimer leur nécessité de croître. La détermination de l’Europe à continuer son expansion économique est ainsi vue par beaucoup comme un vice. Pourtant, la réalité est toute autre, et les pays riches ont toujours besoin de croissance pour progresser en tant que société. Le choix du progrès social n’est pas moins nécessaire pour un pays riche que pour un pays sous-développé. Pourquoi ? Parce que sans croissance, il y a une réalité toute simple qui se dessine : la « tarte » du capital reste la même. La progression de l’un est alors inévitablement opérée au désavantage du bénéfice de l’autre. Le combat contre la pauvreté engendre par exemple une diminution des dépenses dans les transports en commun ; la revalorisation de la protection sociale doit être financée par une diminution du budget assigné à la culture ; la construction d’un nouveau pont passe par une diminution de l’investissement dans la protection de l’environnement. Les exemples sont légion, mais l’important est de saisir que sans croissance, la prospérité apparaît vite comme une chose précaire et fragile. Une société dépourvue de croissance est une société où des citoyens individuels, des investisseurs et des communautés se partagent des richesses en quantité limitée. Il lui devient alors impossible d’investir, d’innover et de progresser. Alors que lorsque la richesse d’un pays croît, la richesse est plus commode à répartir. La classe moyenne sera d’autant plus portée à partager ses richesses si elle est sûre de continuer elle-même à croître. A l’opposé, une société sans croissance sera non seulement plus fermée, mais sera tentée de refouler l’idée de la redistribution et se détournera de la sorte du modèle démocratique. Les sociétés à l’économie florissante sont plus ouvertes et ont de plus fortes ambitions. Si ce congrès à Arcachon m’a appris une chose, c’est que la moitié des français participant à ce débat ne croyait pas en ce besoin essentiel de croissance. Ce qui éclaire pour une part l’inertie française à l’oeuvre. Pourquoi se bouger si on ne croit plus ? Comment croître quand on ne croit plus ? Allez sur l’agence incentive à Arcachon pour avoir la liste de tous les rapports de ce colloque.

Federico Marchetti, vêtu d’une veste grise Alexander McQueen, d’un pull en cachemire gris pâle et d’une chemise boutonnée, ses traits d’oisillon accentués par des lunettes cerclées de noir, me rencontre dans un petit parking sur les rives du lac de Côme, en Italie. Le ciel est gris acier et les collines environnantes sont brumeuses. Alors qu’il me salue, la scène rappelle une atmosphère de John le Carré, comme deux agents secrets se retrouvant discrètement. La vérité est plus prosaïque. L’entrepreneur tech de 46 ans qui a fondé Yoox, la grande entreprise de distribution d’articles de luxe en ligne, sur le point de fusionner avec Net-a-Porter, va me faire visiter son coin. Federico Marchetti s’est définitivement installé à Côme il y a un an, sur l’insistance de sa conjointe, Kerry Olsen, écrivain et journaliste, qui voulait élever leur fille, Margherita, trois ans, dans une maison avec un jardin. “Je me suis déplacé pour elle” dit-il, en expliquant ses allers-retours quotidiens avec son bureau à Milan. Bien que Côme ne manque pas d’habitants connus – Richard Branson est à quelques minutes le long de la rive du lac, George Clooney possède une villa –, le quartier procure, d’après Federico Marchetti, la même sensation provinciale endormie que le village de son enfance à Ravenne, l’ancienne capitale byzantine dans le nord-est de l’Italie. En marchant vers le restaurant, nous passons devant un palais appartenant à un milliardaire russe qui le fait rénover pour sa fille, et une usine de soie délabrée. L’ancien moulin appartient à Federico Marchetti, un projet de construction sur deux ans qui sera la maison familiale. Avec ses fenêtres industrielles et son toit d’usine, c’est l’antithèse du splendide bâtiment d’à côté. “Je ne veux pas d’une grande maison ostentatoire” dit-il. Elle satisfera, toutefois, son envie d’avoir une piscine de 20 mètres au sous-sol. “Je ne voulais pas de Ferrari. Mais j’ai toujours voulu une piscine.” En entrant dans le restaurant, 40 paires d’yeux se tournent vers nous. Les convives sont tous les commerçants locaux, des hommes costauds en pause-déjeuner. Comme la pluie semble imminente, nous allons nous asseoir à l’intérieur, mais le spectacle de tant d’hommes jeunes, mangeant en silence, est un peu intimidant. “Voulez-vous retourner à l’extérieur??” me demande Federico Marchetti, avec un sourire sympathique. Nous choisissons une table sous un arbre dans un coin de la cour. “Il appartient à la même famille depuis plus de 100 ans, dit-il à propos du bar. C’est notre deuxième maison et on y mange très bien. Je vous ai demandé de venir ici parce que je voulais vous montrer comment je vis. Plutôt que de vous amener dans un superbe restaurant milanais, le type du luxe vous amène dans un petit bar.” Aujourd’hui, cependant, le type du luxe a mal au ventre et doit suivre “un régime strict”?: des légumes et du poisson à la vapeur, “pas de riz ou de pommes de terre” insiste-il, tout en commandant des poissons du lac qui seront frits, sautés, fumés et étouffés à la sauce verte. Je prends du pain tandis que Federico Marchetti se retient, mais il prend cependant un fond de vin blanc. Le plus jeune fils d’une famille “de cols blancs” – son père était responsable d’entrepôt chez Fiat et sa mère travaillait dans un centre d’appels (“elle était dans le e-commerce” plaisante-il) –, Federico Marchetti a lancé Yoox en 2000 sans aucune expérience dans la mode, mais avec la conviction qu’il pouvait persuader les marques de luxe de lui vendre les stocks de fin de série à revendre en ligne, à un moment où le luxe représentait “zéro pour cent” du marché du e-commerce. Depuis, Yoox est devenue une multinationale avec des revenus s’élevant à 524?millions d’euros et un bénéfice net de 13,8?millions d’euros l’année dernière. Il est présent aux États-Unis depuis 2003, depuis 2004 au Japon et, en 2006, il a signé un accord avec la maison de mode italienne Marni pour lui fournir un soutien technique et un site web. Yoox est maintenant en charge de l’infrastructure web de 38 marques de luxe (“mono marques”), dont Armani, Valentino et celles détenues par le groupe Kering. En 2009, la société a été cotée à la Bourse de Milan. Et au 31?mars de cette année, Federico Marchetti a annoncé vouloir fusionner avec Net-a-Porter, le site de mode de luxe fondé, également en 2000, par Nathalie Massenet. “Je ne voulais pas de Ferrari. Mais j’ai toujours voulu une piscine.” En septembre, Federico Marchetti deviendra le PDG du nouveau groupe Yoox Net-a-Porter (Natalie Massenet en sera le président exécutif) et supervisera les opérations de la plus grande entreprise e-commerce de luxe du monde. Lorsque la fusion a été annoncée, la valorisation implicite des deux groupes était de 3,4?milliards d’euros, avec des ventes annuelles de 1,3?milliard d’euros, des livraisons dans 180 pays, et un total de 24?millions d’utilisateurs uniques. Pas mal pour quelqu’un qui, même après 15 ans dans le secteur, se décrit encore comme un outsider. “J’ai toujours été ambitieux” dit Federico Marchetti, en enlevant doucement des arêtes de poissons. Il n’attribue son ambition à personne. “Mes parents ne m’encourageaient d’aucune manière. Je n’ai pas été guidé. Mais j’étais très, très, très bon à l’école.” Aucun professeur ne l’a poussé dans l’enseignement supérieur – d’abord de l’économie à Milan, puis un MBA de l’Université Columbia. “J’ai fait à ma façon” dit-il. “J’étais seul la plupart de ces années. J’ai débuté Yoox tout seul.”

L’analyse des succès de l’économie digitale donne des clés de compréhension et d’action dans le nouvel environnement économique et social créé par la mutation digitale En quelques années à peine a surgi au large de nos côtes familières une nouvelle île, partie émergée d’un nouveau continent dont l’ampleur annoncé nous fascine et nous inquiète. Il a nom GAFA, acronyme des quatre champions des nouvelles technologies, Google, Amazon, Facebook et Apple, qui le dominent. Leurs chiffres d’affaires agrégés dépassent déjà le Produit National Brut du Danemark ; et leurs taux de croissance dépassent celui de la Chine. Au lendemain de l’explosion de la bulle internet, en 2001, qui a vu la moitié des valeurs boursières des nouvelles technologies partir en fumée en quelques semaines, quel expert aurait osé prédire qu’à peine dix ans plus tard, la capitalisation de Google, comme celle d’Apple, dépasserait celle du fleuron du capitalisme libéral, Coca-Cola ? Et pourtant, aucune bonne fée particulière ne s’est penchée sur leur berceau. C’est de haute lutte qu’ils sont sortis du peloton en laissant bien des concurrents malheureux dans le fossé. Qui se souvient du moteur de recherche Altavista, qui dominait le marché à la fin des années 1990 ? Combien de sites de e-commerce ont fermé la porte où végètent encore, sans perspective de croissance ni modèle économique stable ? Facebook a du refuser d’être racheter par les réseaux sociaux qu’il challengeait, avant de les éliminer. Quand à Apple et son mythique président fondateur Steve Jobs, son histoire est encore plus rocambolesque ; on a peut-être oublié que la société est née il y plus de trente ans avec les balbutiements des ordinateurs portables, avant de friser la faillite au début des années 1990, et de renaître de ses cendres en donnant un accès libre et nomade à nos musiques favorites. Non contents de pérenniser leurs activités natives, ce qui constitue l’ambition raisonnable de tout entrepreneur, les GAFA ont construit à force d’innovations, d’investissements et d’acquisitions aventureuses de véritables écosystèmes à l’échelle planétaire. “Les GAFA ont construit à force d’innovations, d’investissements et d’acquisitions aventureuses de véritables écosystèmes à l’échelle planétaire” Le moteur de recherche, Google s’est transformé en des services d’information quasiment universels, de la santé à l’organisation des voyages, de la conduite automobile à la gestion à distance des domiciles, le tout en devenant la première régie publicitaire mondiale. Quand on veut savoir, on va sur Google. D’un annuaire des anciens piraté dans les services informatiques d’une prestigieuse université américaine, Facebook a fait un environnement convivial et social complet duquel il n’est plus utile de sortir pour bien vivre sur la Toile. Quand on veut des amis, on les trouve sur Facebook. Amazon a commencé comme modeste distributeur en ligne de livres ; il est devenu le premier fournisseur de tout à tout le monde ; ses ventes dépassent celles de tous les distributeurs généralistes ou spécialisés traditionnels. Quand on cherche quelque chose, on regarde chez Amazon. Apple fournit près de la moitié de nos équipements nomades et y diffusent tout ce qui peut nous plaire ou nous amuser. Dés aujourd’hui ils capturent 55% du temps que nous passons sur la Toile ; c’est dire que d’ores et déjà et sans doute pour longtemps nous vivons dans le monde nouveau équipé par les GAFA, et leurs émules. Ces stratégies hégémoniques sont une des nombreuses illustrations de la volonté des fondateurs de GAFA de prendre délibérément et publiquement des partis opposés aux idées reçus de l’époque ; elles se fondaient, et se fondent encore, car les fondateurs sont encore aux manettes, sur des convictions révolutionnaires, contraires aux pratiques et aux règles éprouvées par l’expérience de leurs ainés, et défiant tout simplement le bon sens. C’est probablement l’enseignement que les GAFA ont tiré de l’éclatement du crash financier de 2001 : on ne peut pas réussir dans le continent digital avec les concepts et les recettes de l’ancien monde. Ces audaces répétées ont été largement commentées par les observateurs de la vie économique. La plupart s’accordent à reconnaître qu’elles sont si radicales qu’ils considèrent les pionniers du continent digital comme nous observons les vols de soucoupes volantes, avec un mélange d’incrédulité, de terreur et d’envie. Force a été d’admettre que les GAFA fondent leur succès à autre chose que l’excellence technique, la chance ou les erreurs de leurs concurrents. Certes, ils comptent au moins trois fois plus d’ingénieurs parmi leurs employés que leurs concurrents traditionnels. Mais ceci n’est que une des parties visibles de l’iceberg. ils doivent leur succès fulgurant à ce qu’ils ont compris, mieux que beaucoup de leurs pairs, la nature et l’ampleur des conséquence de la mutation digitale sur nos comportements individuels et collectifs: Pour beaucoup d’entre nous, encore, internet est quelque chose en plus, une excroissance technique vaguement monstrueuse que nous tentons d’intégrer dans nos modèles sociaux et économiques ; les GAFA considèrent internet comme un monde à part entière; définitivement non réductible à un canal commercial ou à un média de communication de plus. Ce continent se superpose à notre vieux monde, dont il ignore les frontières géographiques et les principes d’organisation.